Les paroles s'envolent, les écrits restent...

Dans cette section, je voudrais vous présenter des témoignages d'étrangers et de Bulgares sur la Bulgarie et ses habitants. Je vous propose pour le moment de lire les impressions et les opinions de certains diplomats, écrivains et hommes d'affaires, vécus les siècles précedants.
Si certains d'entre vous souhaitent aussi s'exprimer, et nous faire partager leurs moments passés en Bulgarie pourraient m'envoyer leurs textes. Je les mettrai avec plaisir sur mon site.

"Au pied du mont Hémus est Kasanlak, le ghulistant de l'Europe. On ne voit partout qu'arbres fruitiers de toute espèce: le village est au milieu d'un immense verger. Les roses y viennent en sillons comme la vigne. Dans le printemps, l'odeur de ces charmantes récoltes parfume l'air a plus d'une lieue. Kasanlik, pourquoi n'as-tu pas ton Théocrite ou ton Anacréon? Il aurait mené Venus présider à la moisson de la fleur chérie...Pluton t'aurait enlevé une Proserpine et les roses de Kasanlik eussent fait oublier les fraisiers d'Enna!"

Charles Salaberry (1766-1847) homme politi-
que français. "Voyage à Constantinople",
Paris, 1799

"...Les Bulgares chérissent l'agriculture et mènent une vie paisible. Très hospitaliers, pour tous les voyageurs, j'ai retrouvé plusieurs fois dans leurs maisons l'air de franchise et de simplicité des bons Arabes du désert. Les femmes sont attentives à faire les honneurs chez elles et les jeunes filles, dont toute la coquetterie consiste à faire de belles tresses de leurs cheveux qui leur retombent presque sous les talons, aident modestement leurs mères à préparer pour leur hote le repas champètre."

Ferrieres-Sauveboeuf(1750-1814), diplomate
français. "Mémoires historiques, politiques, et
géographiques des voyages faits en Turquie, en
Perse et en Arabie"
, 1790

"...Les Bulgares sont affables et hospitaliers, sobres et laborieux, passionnés pour la musique et la danse. Ils ne connaissent ni le vol ni l'ivrognerie. Ils possèdent à un haut degré le genie de l'invention. Mais ce qui forme un contraste des plus étonnants, c'est leur gaîte naturelle et leur bruyante activité comparée à la gravité silencieuse et la paresse des... Turcs. Au milieu d'eux, l'Européen se croit dans sa patrie et parmi les hommes de son espèce. Entre le musulman et l'Européen la distance, au contraire, est immense et aucun rapprochement n'existe ni dans les goûts ni dans les idées"

Pierre Henri Mathieu(1793-1872), homme politique
français, "La Turquie et ses differents peuples"

"Aux conflits de l'Europe vegete asservie et malheureuse, une nation à peine connue de nom aujourd'hui, et digne cependant de notre int&eecirc;ret. Cette nation est celle des Bulgares. Dans le plus dur esclavage, elle a conservé ses vieilles moeurs, sa foi vive, son noble caractère, et, après avoir eu un glorieux passé elle semble encore appelée, par sa position géographique, à jouer un rôle important dans l'avenir...
Aucune partie de l'Empire ottoman n'est aussi peuplée que la Bulgarie: elle abonde en villages que le voyageur aperçoit rarement parce qu'ils sont cachés loin des routes.
Malgré tant de montagnes, malgré les neiges qui en hiver couvrent leurs versants, la Bulgarie est un des pays les plus fertiles de l'Europe.
Tous ceux qui connaissent le Bulgare actuel n'ont qu'une voix pour louer ses paisibles vertues. Empressé à rendre service, assidu au travail, et d'une temperance extrême, il n'agit qu'avec circonspection, mais une fois décidé, il porte dans ses entreprises une persévérance prodigieuse qui, soutenue par une force athletique, lui fait braver de sang-froid et de jactance les plus périls. Bien qu'il soit le plus opprimé de la Péninsule, la misère ne l'a point avili: aujourd'hui comme autrefois son regard est fier, sa taille est belle, son honneur a tout epreuve. On peut en pleine sécurité lui confier sans temoins la plus grosse somme d'argent, il la portera fidelement à sa destination...
On écrase le Bulgare d'avanies; le percepteur des impots quand il ne peut plus les payer, le dépouille meme de son héritage. Cependant, rien ne le dégoute du travail; l'amertume au coeur, il s'en va plus loin élever une hutte et défricher de nouveau.
Les femmes bulgares sont douces, complaisantes et laborieuses. Leur taille est haute et svelte. Les soins de mère et de soeur dont elle entourent l'étranger loge dans leur cabane sont vraiment touchants...
La Bulgare charme sa misère par le chant. Le matin quand elles sortent, le soir quand elles rentrent au village, la faucille à leur ceinture, rangées processionnellement sur deux lignes, les femmes chantent. Quand l'âge et la fatigue ne tardent pas à flétrir leur beauté, les femmes bulgares ne perdent jamais pour cela ni la gaite ni la grâce; jamais non plus, elles n'oublient, le dimanche, de se couronner de fleurs.
Ce peuple est doué d'une sobriété inconcevable et d'une singulière vigueur de tempérament. Un Bulgare en voyage vivra trois semaines de pain et de la bouteille d'eau-de-vie dont il s'est pourvu et il rapportera au foyer toute la somme gagnée par lui sans en avoir soustrait un sou."

Cyprien Robert, litterateur français
"Les Slaves de Turquie", Paris, 1852

"...Le lendemain nous commençons à voir les Balkans. Ces belles montagnes, boisées et entrecoupées de grands villages et de riches cultures sont peuplés par les Bulgares. Arrivé au pied du Balkan, je trouve tous les principaux habitants du village bulgare d'Yenikeui qui nous attendent, prennent les rênes de nos chevaux, se placent à droite et à gauche de nos voitures, les soutiennent de la main et des épaules, les soulèvent quelquefois pour empecher la roue de couler dans les précipices...
...Je prends la fièvre et une inflammation de sang par suite de chagrin et de fatigue. Je passe vingt jours couché sur une natte entre la vie et la mort. Admirable dévouement de ma femme! Elle passe quinze jours et quinze nuits sans fermer les yeux à côte de mon lit. Elle envoie dans les marais de la plaine chercher des sangsues. Les Bulgares finissent par en découvrir. Soixante sangsues sur la poitrine et sur les tempes diminuent le danger. Je fais appeler M. de Campas et lui donne mes dernières instructions en cas de ma mort. Je prie de me faire ensevelir sous un arbre que j'ai vu en arrivant au bord de la route...
J'ai pu étudier les moeurs des Bulgares. Ces hommes sont simples, doux, laborieux, et pleins de respect pour leur prêtres qui sont de simples paysans comme eux. Les Bulgares forment une population de plusieurs millions d'hommes qui s'accroît sans cesse. Les femmes sont jolies, vives, gracieuses. Les moeurs m'ont paru pures quoique les femmes cessent d'être voilées comme en Turquie. Les Bulgares sont complètement mûrs pour l'indépendance... Le pays qu'ils habitent serait bientôt un jardin délicieux si l'oppression aveugle et stupide les laisse cultiver avec un peu plus de sécurité. Ils ont la passion de la terre.
...j'ai quitté Yeniquei et ses aimables et bons paysans avec regret: c'est un ravissant séjour d'été, tout le village nous accompagna à une lieue dans le Balkan et nous combla de voeux et de bénédictions..."

Lamartine, (1790-1869), poète français.
"Voyage en Orient", tome 2, Paris, 1887